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Blog Jeudi 15.11.12, 10:50 par cheval

In Another Country de Hong Sang-soo

Hong Sang-soo prétend que les films ne naissent pas de lui, mais que les situations du quotidien lui sautent dessus, s’accrochent à lui et construisent le scénario de ses films, que les idées jaillissent de l’environnement et qu’il ne s’agit que de les cueillir. Je ne crois pas à cette explication. Il me semble que In Another Country est une machine fonctionnelle, admirable et consciencieusement ficelée pour attirer le regard de la France, voir de l’Europe sur la Corée du Sud et son cinéma.

Le cinéma sud-coréen est extrêmement fertile – c’est d’ailleurs l’un des seuls pays où le cinéma autochtone parvient à concurrencer le cinéma américain – pourtant, on ne le connaît encore que très peu. En dehors des initiés – n’importe quel étudiant en cinéma aujourd’hui s’égosillera si vous lui parlez de cinéma sud-coréen – il n’est encore que très peu connu du grand public et se trouve sous-représenté dans la plupart des grands festivals de cinéma. Hang Sang-soo, qui lui a le bonheur d’être relativement bien médiatisé, pourrait peut-être changer cela avec son dernier film.

Sa stratégie, malicieuse, a été d’inviter Isabelle Huppert, invitation qui ne tombe pas de n’importe qui car l’actrice française a apparemment été enchantée de celle-ci. Le film se compose de trois histoires; trois histoires successives jouées par les mêmes acteurs qui incarnent, à chaque fois et avec élégance, des personnages différents. La prolifique actrice française qui tourne en moyenne deux à trois films par an avec les plus grands cinéastes – Haneke, Bellochio, Chabrol, etc – y joue le rôle principal, celui d’une Française qui se rend au sud de la Corée pour trois raisons différentes selon l’histoire dans laquelle on se trouve ; réalisatrice française, elle vient visiter un ami – (Sang-soo est friand de mise en abîme) –, adultère, elle vient minauder avec son amant, fameux réalisateur asiatique et finalement, désespérée à cause de son mari, elle vient y retrouver une amie mais surtout chercher un échappatoire à ses noires humeurs. Mais au-delà de cette recherche de situations simples, de personnages, de rencontres parfois comiques, parfois gênées, ce film est avant tout une monstration de la Corée à la France. Et ceci sur trois niveaux différents.

On montre à Isabelle Huppert, sans non plus faire un exposé à la C’est pas sorcier, certaines pratiques des Coréens; leur nourriture, leur amour de l’alcool, la façon qu’ils ont de se présenter, la façon que les hommes, ivres ou non, ont de draguer les belles étrangères à la peau blanche, aux yeux et aux mœurs débridées. Et puis, le voyage touristique de l’actrice française est filmé, filmé par un Coréen du Sud. Puisque Isabelle Huppert visite la Corée, la France regarde son voyage filmé par un Coréen. On découvre donc le cinéma de Sang-soo et, au même moment, l’existence d’un cinéma exotique foisonnant de plans insolites – Sang-soo utilise avec félicité le zoom brutal –, et de profondes réflexions sur le 7e art, un peu à la manière de ce qu’était la France dans les années 60 avec l’explosion de la Nouvelle Vague. On peut prétendre qu’Isabelle Huppert est une allégorie de la France et de son peuple invité par la Corée du Sud à découvrir ce pays fabuleux et, avant tout, son cinéma. On a souvent comparé Hong Sang-soo à François Truffaut, espérons que son film atteindra son dessein diabolique; faire régner le cinéma sud-coréen en France et sur le monde entier.

Dis Cortex, tu veux faire quoi cette nuit ? La même chose que chaque nuit Minus; tenter de conquérir le monde.

Laurent Cheval

 

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