Blog Vendredi 30.11.12, 12:26 par Félix Wilson

Mark Lanegan, d'outre-tombe

Depuis le temps que j'avais envie de voir Mark Lanegan dans son propre projet, après l'avoir aperçu avec Queens Of The Stone Age et Isobel Campbell, quel n'a pas été mon bonheur de le voir programmé aux Docks de Lausanne ce 27 novembre 2012! J'avais bien fait une tentative au m4music à Zurich en mars dernier où il avait également joué avec son propre groupe... Mais bizarrement affecté à la relativement petite salle du Moods, le concert a été complètement pris d'assaut et après être parvenu à m'engouffrer par la porte en passant tel un voyou devant la queue interminable, je n'ai pas tenu plus de dix minutes dans cette véritable boîte à sardines: impossible de rentrer dans le concert.

Donc mardi soir, je me suis pointé aux Dock pour revoir en action la voix inimitable des Screaming Trees - enfin, hormis peut-être par Tom Waits (bien que ce soit plutôt l'inverse, ce dernier étant plus vieux... bref). A l'entrée, on nous avertit que les photos et films sont interdits. "Ô joie!" me dis-je tel un vieux con. Je hais les concerts où les gens passent leur temps l'iPhone en l'air à capter un concert qu'ils n'ont apparemment pas envie de vivre au moment présent. Mais le public venu en nombre étant majoritairement constitué de trentenaires/quarantenaires biberonnés aux rock 90's, la mesure n'a pas l'air de déranger.

Avec classe et sobriété, Mark et son groupe s'emparent de la scène dépouillée et entament leur set par le pulsif The Gravedigger's Song, premier titre du dernier album. Pas d'intro, pas de fioriture, juste ce riff transcendant qui vous roule dessus comme un bulldozer dont les freins auraient lâché en haut du Petit-Chêne. Le son est parfait et le groupe joue divinement bien. Presque trop, en fait. Quand on va voir Lanegan, on s'attend à du rock gras, rugueux, suintant, qui prend racine dans le désert, le blues, le whisky, l'essence, le venin d'un serpent à sonnettes. On n'a surtout pas envie que ce soit trop léché, on veut que ça bave et surtout que ce soit fort. C'est ce qu'on pourrait reprocher aux deux premiers tiers du concert, composés principalement de morceaux du dernier album "Blues Funeral", avec quelques incursions dans l'album précédent, l'excellent "Bubble Gum" (notamment Hit The City et un très beau Wedding Dress).

Le monsieur, comme à son habitude, en impose. Il vous hypnotise avec sa pose statuaire, sa gueule sombre, marquée par le temps et les excès. Et évidemment, il y a cette voix sertie de rocaille, voluptueuse à souhait, qui vous remue les tripes. Il a de la bouteille, ça saute aux yeux, lui qui, du haut de ses 48 piges, a multiplié les collaborations parmi lesquelles Queens Of The Stone Age et The Desert Sessions, Kurt Cobain dans The Jury, Isobel Campbell, PJ Harvey, Jeffrey Lee Pierce du Gun Club, The Gutter Twins, Masters Of Reality, etc... Le groupe qui l'accompagne n'est d'ailleurs pas en reste. A commencer par son guitariste principal, un mec à la dégaine géniale, à mi-chemin entre un James Dean à la retraite et un Johnny Cash flegmatique. A la manière dont il promène ses doigts sur le manche, il vous ferait gober que jouer de la guitare est à la portée d'un bambin de trois ans. Puis ily a les trois autres musiciens, plus en retrait mais pas moins talentueux, à savoir un gratteux/clavier chevelu qui ne décolle pas de son siège, un jeune bassiste à mèche discret qui fera quelques backings et un batteur qui pourrait être le gosse de Mark.

Malgré les reproches au niveau du jeu trop léché et quelques longueurs en milieu de set, je suis bien dedans et je n'arrive pas à sortir de la salle pour aller en fumer une, bien que j'en meure d'envie. D'autant plus après avoir remarqué que certains spectateurs ont craqué et s'en sont grillé quelques-unes dans la salle. Cette musique appelle la clope. Mais le mec en face de vous est fascinant et vous retient de sortir.

Dès l'avant-dernier morceau du set, le très brit 80's Harboview Hospital, je sens comme un changement dans l'air. Le son s'épaissit, s'érode, le volume augmente, on passe du format "concert à écouter attentivement confortablement assis dans un fauteuil moelleux " à "concert de rock pour une salle de 1000 personnes". Et ça devient très, très bon, mais le concert est quasiment fini. Deux morceaux plus tard, le groupe sort de scène et revient pour un rappel qui s'est avéré monstrueux: tout d'abord le torché Hanging Tree, morceau sous speed issu d'une Desert Session, merveilleusement exécuté, puis Methamphetamine Blues livré dans le même état d'esprit, brut et rapeux à souhait. Un vrai régal!

Puis le groupe se barre dans les loges. Mark a à peine adressé la parole au public. Personellement je m'en secoue pas mal les roustons, je viens pour la musique, pas pour qu'on me fasse taper dans les mains ou qu'on me demande comment ça va. En revanche, cinq minutes plus tard, il est au stand de merch pour dédicacer disques, vinyles, t-shirts et discuter avec les fans.

Je rentre chez moi, content de ma soirée. Si je n'avais pas dû bosser le lendemain matin, je me serais mis un bon vinyle de stoner et j'aurais débouché une bouteille de whisky. Mark, la prochaine fois, viens un vendredi ou un samedi, ça m'arrangerait.

Félix Wilson

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