Blog Vendredi 07.12.12, 14:57 par Ligre

Swans - une expérience sensorielle extrême

Swans, pionnier du mouvement No Wave, jouait mardi passé aux Docks de Lausanne. Swans est un groupe culte pour plusieurs raisons. D'abord, c'est le seul groupe issu du mouvement – lui-même culte –  No Wave à exister encore aujourd'hui (malgré un temps mort entre 1997 et 2010). Ensuite c'est l'un des premiers groupes à avoir joué si fort que des personnes dans le public vomissaient. Michael Gira, co-fondateur du groupe, les a aussi hissés à la célébrité en frappant les gens qui headbangaient à leur concert, chose qu'il déteste par-dessus tout, pour une raison inconnue. Il semble qu'il se soit un peu calmé au fil des ans mais la violence de leur musique reste la témoin de ces anecdotes.

Le concert du 4 décembre aux Docks était impressionnant. Les Swans sont rarement descendus au-dessous de 100 décibels, même entre les chansons: leurs feedbacks continuaient d'hurler quand Michael Gira se taisait.  80% du concert était composé des sons ultra-saturés des deux guitares et de la lap guitare, des tremblements créés par la basse et ses deux méga-amplis ainsi que des coups des deux percussionnistes à faire pâlir un fabricant de cymbales. Les 20% restant se partagent entre les "Thank you" de la fin des chansons et les quelques lignes vocales torturées du meneur new-yorkais.

Une musique qui se veut intense et éprouvante. Pendant certaines dates de cette tournée, les Swans ont demandé de couper l'air conditionné des salles pour créer une atmosphère encore plus extrême. La performance peut hypnotiser ou donner le tournis. Déconseillé aux âmes sensibles. Les 45 dernières minutes sont occupées par un seul morceau qui évolue lentement. Des riffs minimaux et toujours extrêmement puissants qui se succèdent les uns aux autres. A la fin du concert, les deux batteurs donnent l'impression de ne plus en pouvoir. Chaque coup de caisse claire ressemble au dernier effort d'un mourant. Il n'y a rien ou presque rien auquel on peut se raccrocher. Pas d'harmonie proéminente, pas de mélodie qui revient, pas de paroles la plupart du temps et lorsqu'il y en a elles se transforment vite en cris ou autre bruit de gorge. La seule chose sur laquelle on puisse vraiment compter ce sont TAM-TATA-TAM-TATA-TAM-TATA  et les UUUUUUUH des guitares, entre drones et feedback.

C'était un concert extrême mais je suis content d'être allé voir ce groupe qui, selon Pierro Scaruffi - l'un des plus grands spécialistes de l'histoire du rock -, fait partie des plus significatifs des années 1980. C'est vrai que lorsque l'album "Filth" est sorti en 1983, les riffs minimaux et pourtant ultra-lourds des deux basses et des deux batteries ont fait d'eux des pionniers dans un style qu'ils ont pratiquement inventé. C'était intéressant de voir comment agit ce personnage culte et obscur qu'est Michael Gira. Je ne suis toutefois pas sûr de le préférer en live qu'en CD... Bien que j'écoute régulièrement leur musique, je ne pense pas être capable d'aller voir un concert pareil aussi souvent. Je crois que je suis encore sous le choc et mes oreilles s'en remettent petit à petit.

Constant Bonard

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