Blog Mardi 29.01.13, 11:03 par Félix Wilson

Chronique eurosonique

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Chaque année, un peu avant la mi-janvier, une délégation de Paléo s'envole pour la Hollande et rejoint la sympathique cité de Groningen, à deux heures de voiture au nord-est d'Amsterdam. A cette époque, cette ville accueille le festival Eurosonic Noorderslaag, genre de forum musical géant attirant tous les professionnels gravitant autour des musiques actuelles en Europe (artistes, programmateurs, bookers, managers, distributeurs, labels, etc…). Pendant la journée, si vous êtes doté du bracelet adéquat, vous pouvez assister à plusieurs conférences, keynotes ou panels autour de thèmes divers. Quelques exemples: "Pourquoi et comment soutenir les structures culturelles et créatives finlandaises et européennes?", "Les plateformes de streaming: amies ou ennemies?",  "Comment les festivals, artistes ou labels peuvent créer leur propre application mobile en une heure" - "Comment faire percer un groupe en Angleterre". Ou alors - surtout - profiter de la présence de vos interlocuteurs téléphoniques ou emailiens du reste de l'année pour vous entretenir avec eux en face à face.

Puis vient la soirée et ses innombrables concerts ouverts également au public (295 artistes sur 4 soirs, dont une concentration particulièrement élevée sur le jeudi et le vendredi). On vous laisse imaginer le marathon en jetant un oeil à la grille horaire du vendredi, par exemple. Pas toujours évident d'ailleurs, de juger un groupe lorsque vous ne voyez que 15-20 minutes de leur concert avant de passer au suivant. Peut-être étaient-ce les seules minutes potables du concert. Peut-être les pires de leur existence en tant que groupe. Sans compter que ces groupes-là, vous les avez pré-évalués en en écoutant un ou deux morceaux urgemment dans l'après-midi, parmi une centaine d'autres. Autrement dit: vous pouvez facilement vous planter sur le choix des groupes à aller voir en live. Après, il y a les groupes qui buzzent chez les pros, ceux dont le milieu parle. Chaque année, on en compte une petite dizaine. La question que je me pose: est-ce que j'ai envie d'aller voir un groupe qui va probablement se retrouver programmé partout ou est-ce que j'irais pas plutôt voir un autre artiste? En général, j'essaie d'opter pour la deuxième solution.

Cette édition 2013 a été un peu spéciale pour notre petite délégation, suite à plusieurs événements déstabilisateurs. Tout d'abord, le mercredi 9 janvier, vers 23h, alors qu'on s'enquille les fameuses mini-bières de l'atypique salle du Huize Maas en écoutant le rock vintage et deep purplien du groupe Birth of Joy - bonne énergie, bien foutu, sans avoir inventé l'eau tiède - on apprend que Maître Neil Young, ou plutôt son management, annonce sa venue à Paléo sur son site web. On ne peut évidemment pas rester les bras croisés en prétendant que l'information est fausse. Nous quittons donc la soirée, mon collègue responsable du service de presse et moi-même, et rejoignons notre hôtel, non sans s'être prémunis d'un kebab, traditionnellement notre seul et unique produit alimentaire lorsque nous sommes à Eurosonic. Nous préparons la communication autour de la venue de Neil Young jusqu'à 2-3h du matin et ratons donc la moitié des concerts de la soirée, puis nous levons à 8h pour confirmer la rumeur autour de Neil Young. Bonne chose de faite. Et en apparté, on se réjouit de l'accueillir, vingt ans après sa dernière venue, le Loner.

Je procède ensuite à l'écoute des groupes du jeudi soir pendant environ trois heures, prépare mon programme de la soirée, puis sombre dans une sieste récupératrice. Pendant ce temps-là, le troisième collègue présent doit écourter son séjour et rentrer d'urgence en Suisse suite à un problème privé. Nous ne sommes donc plus que deux pour affronter la soirée et ses concerts disséminés un peu partout dans le centre-ville. Un kebab, une halte au coffee-shop, et c'est parti. On voit plusieurs concerts, certains intéressants, d'autres moins. Les groupes programmés dans le cadre d'Eurosonic sont choisis par les radios nationales de chaque pays d'Europe représenté, selon un quota. Les radios ayant d'autres critères de sélection que les programmateurs de concerts, on peut quelques fois déplorer une sorte d'uniformisation des genres et des sons, qui font que malgré le nombre élevé de groupes et leur niveau certain, la plupart manque d'originalité et ne sort pas du lot.

C'est dans la chouette salle du Huis de Beurs, où nous avions vus les rigolos Naive New Beaters en 2009 et où nous étions en train de dodeliner de la tête au son du prometteur Jacco Gardner, que l'on apprend le décès de Claude Nobs. Un brin secoués, on se dirige au mythique club Vera où nous attendons des zazous écossais de Holy Mountain qu'ils iriguent nos oreilles en guitares saturées (la distorsion est assez rare à Eurosonic ces derniers temps). On en profite pour poster un hommage sur la page facebook de Paléo. A la fin des concerts, je décide de me taper la marche jusqu'à la salle relativement éloignée du Simplon pour revoir Dope D.O.D. que j'avais vu dans la même salle, l'année précédente. Je rentre à l'hôtel vers 5h du matin dans un état d'ébriété certain mais maîtrisé, poste une news sur le site de Paléo pour rendre hommage à Claude Nobs et me fous au pieu.

Vendredi, dernier jour de festival pour la délégation Paléo. Je me lève tard et après avoir fait une légère entorse à la règle du kebab en allant chercher un plat asiatique à l'emporter, je me consacre à l'écoute des groupes du soir. Manque de pot, mon dernier collègue restant a chopé la crève et doit se résigner à passer la soirée à l'hôtel à se consumer dans sa fièvre. Je suis le dernier survivant, le Rahan de Paléo à Eurosonic. Conscient de l'importance de ma tâche, de l'héritage qui repose sur mes épaules, je me rends à un restaurant situé dans une péniche pour souper rapidement avec d'autres organisateurs de festivals (je me rassure en me promettant de manger un kebab plus tard dans la soirée). Puis je me sauve en solo et entame la course tentaculaire à travers la ville. Ce soir-là, j'ai vu les bribes de douze concerts différents.

Au final, malgré quelques concerts tout à fait agréables, pas d'impression transcendante ni celle d'avoir découvert le prochain U2. Mais si ça se trouve, il était là et je l'ai pas vu. Ou alors, il était là, je l'ai vu et je m'en suis pas rendu compte. Mais je m'en fous, parce que j'en suis pas spécialement fan, de U2. Et que même sans avoir pris de claque, j'aime trop Groningen pour me plaindre de quoi que ce soit. Ah, si, peut-être d'une chose. Les Hollandais-es sont beaucoup trop grands. Ca devrait être interdit.

A l'année prochaine!

Quelques groupes vus à Eurosonic cette année, dans le désordre:

Jacco Gardner

Un gamin aux airs de Brian Jones qui propose une pop psychotrope intelligente à la Byrds ou Syd Barrett, avec plein de sons de clavecin et des backings bonnards.


The Royal Concept

Des Suédois réussisant à mélanger l'electro-pop ultra-efficace de Phoenix, les arrangements de guitares des Strokes et la fraîcheur désuette de Madonna version 80's. Divertissant!


Temples

Nouveaux représentants britanniques d'un pop-rock psyché 60's entre les Zombies et les Beatles durant leur période acide de Revolver. Encore un peu fragile sur scène, pas toujours original, mais super chouette quand même.


Holograms

Quatre jeunes Suédois faisant revivre un post-punk rageur, à coup de vociférations revendicatrices et de rythmiques entêtantes. Un peu à la manière de hooligans venant se défouler sur scène après un bon match de 3e ligue anglaise. Un magnifique premier album mais encore quelques progrès à faire en live. Pour les fans de Joy Division, The Horrors et Civil Civic.


Holy Moutain

Du hard écossais, sans fioritures.


Adrian Crowley

Un genre de Leonard Cohen irlandais. Sobre, épuré, classieux. Un bon moment.


Camera

Trio berlinois enclin à des prestations sauvages, le groupe ne déroge pas à la règle et entame un set aux alentours de 3h du matin dans une rue de Groningen, après leur concert officiel au Grand Theatre (set qui durera une dizaine de minutes avant que la maréchaussée ne se manifeste). Du kraut pur et dur, donc minimal, répétitif, dans la lignée de leurs ancêtres et compatriotes Neu! ou Cluster avec qui ils ont déjà eu l'occasion de collaborer.


Instrumenti

Je ne suis pas sûr d'avoir réellement aimé ce groupe letton sur lequel on est tombé par hasard, mais parmi tous les artistes que j'ai pu voir à Eurosonic en 2013, c'est clairement celui qui est sorti du lot en termes d'originalité et de créativité.


Pertti Kurikan Nimipäivät

J'avoue ne pas les avoir vus à Eurosonic. Mais comme ils y jouaient et que je les ai vus ailleurs, je profite d'en parler. Un groupe finlandais composé de quatre mecs souffrant de handicaps divers et réunis autour de la passion du punk. Un des groupes les plus authentiques qu'il m'ait été donné de voir sur scène. Ici le trailer d'un documentaire qui a été tourné sur eux:

Commentaires

4 commentaires sur ce post
Mardi 29.01.13 at 13:08 par Blasix

Plein de groupes sympas ! Même si certains, comme The Royal Concept, manque franchement d'originalité.

Par contre Adrien Crawley, ça fait pas plutôt penser à Bill Callahan qu'à Leonard Cohen ?

Mardi 29.01.13 at 14:25 par Félix Wilson

D'accord avec toi. Mais c'était franchement divertissant et bien exécuté. Disons que c'est comme les films: des fois ça fait du bien de voir un bon gros blockbuster américain entre deux films d'auteur. Et ceci dit, les autres groupes listés, bien que plus intéressants, n'étaient pas spécialement originaux non plus (à part ces fameux Lettons).

A Bill Callahan aussi, c'est clair. Mais sur la majorité des morceaux, la comparaison avec Cohen était plus flagrante, notamment sur les lignes de voix (au-delà du timbre). D'autant plus qu'il y a des airs de ressemblance physiques...

Mardi 29.01.13 at 15:34 par GB

Les Hollandais trop grands pour Felix? Et la neige, elle est trop fraîche pour capitaine Igloo? (désolé, pas trouvé mieux. Mais je suis prêt à ouvrir un Tumblr).

Mardi 29.01.13 at 15:38 par Félix Wilson

hehe, je m'attendais à un commentaire du genre (jolie analogie d'ailleurs, je t'en félicite!). Ben que tu le croies ou non, malgré mes 1m94, je n'étais qu'un peuplier dans cette faune de sequoias. Maintenant je sais ce que ressentent les gens de taille normale pendant un concert.

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