Blog Lundi 29.04.13, 10:46 par cotelette

Froid dehors et chaud dedans, ou quand Gaël Faye et Oxmo Puccino réchauffent le Cully Jazz

© Vincent Bailly

Le Cully Jazz Festival est aux festivals ce qu'est Sölden est aux Championnats du monde de ski alpin. Longtemps considéré comme un festival, sélectif et élitiste, le Cully Jazz Festival s'est facilement démocratisé et est, avec le temps, devenu l'étape inauguratrice pour de nombreux festivaliers de la saison et a conquis le cœur des amateurs de l'éclectisme et autres noctambules en quête de nouveaux espaces. Retour sur la soirée du 6 avril 2013, consacrée au rappeur français le plus jazzy: Oxmo Puccino.

Malgré des conditions météo pas franchement folichonnes, le site du Festival était noir de monde: on faisait la queue pour une bière, une crêpe, une gaufre et pour entrer dans le Chapiteau. Un bain de foule plus tard et j'entrais dans l'enceinte chaleureuse de la plus grande scène du festival, où Gaël Faye avait déjà entamé son concert. Sur scène, le jeune rappeur était accompagné d'une multitude de musiciens talentueux, guitariste, bassiste, choriste, batteur et organiste multitâche. L'ensemble offre une cohérence appréciable bien que je me serais volontiers passée des ponctuelles incantations soul du guitariste-choriste.

L'humble silhouette du jeune rappeur révèle néanmoins un flow taillé, aux épaules assez larges pour assumer les compositions jazzy, funky, groovy et les morceaux franchement plus carabinés aux plaidoyers coriaces, virulents et amers. Après une déclaration enflammée à sa femme ("Ma femme c'est de la came, c'est de la coke en kilogrammes") et un petit récapitulatif, dur mais vrai, de l'histoire du rap, Gaël Faye rappelle à juste titre qu'au fond, il est un gentil garçon et opère un virage sur un répertoire plus serein et allègre. C'est une évidence, Gaël Faye s'impose comme la relève d'un rap français sensé et posé, loin des frasques glauques auxquelles nous ont habitués et lassés les (trop) médiatiques Booba ou La Fouine. Sans fioritures et profondément honnête, Gaël Faye s'ouvre et se livre, raconte sa vie, ses hauts et ses bas et conquis aisément le cœur de Cully avec Pili pili sur un croissant au beurre. Contraint malgré tout d'ordonner aux plus sages de se lâcher sur Charivari, morceau qu'il reprenait avec son groupe de rap Milk, Coffee& Sugar. A la fin de cette remarquable performance scénique, la programmatrice du Cully Jazz Festival, Carine Zuber, annonce que son jeune protégé reviendra bientôt en Suisse. Le programmateur du Paléo Festiva a en effet fait une offre à Gaël Faye après avoir été conquis par son concert. Les lumières se rallument, Gaël Faye et ses musiciens laissent la place aux techniciens, qui s'attèlent à parer la scène des accessoires nécessaires au show de celui qui n'est plus à présenter, Oxmo Puccino.

C'est une bonne heure plus tard qu'apparaît, assis sur un large fauteuil et vêtu d'une chemise blanche flambant neuve, Oxmo Puccino, accompagné par une formation musicale semblable à celle qui escortait Gaël Faye. Le show s'annonce sous les meilleurs auspices… la salle est comble d'admirateurs qui reprennent les paroles à chaque morceau du rappeur. J'avoue connaître un peu le répertoire du "Black Jaques Brel"  et être en mesure de chanter quelques-unes de ses plus fameuses rengaines mais là, je reste bluffée! L'admiration semble réciproque, le rappeur s'émerveille de l'accueil qu'il rencontre à chaque fois dans la petite ville de Lavaux. Oxmo jongle tour à tour avec ses "anciens" morceaux rap, de "J'ai mal au mic" au "Cactus de Sibérie" en passant par "365 jours" et les compositions jazz de "Lipopette Bar" et celles de son excellent dernier ouvrage "Roi sans carrosse". Les improvisations des musiciens viennent encore étoffer ce show magistral. Généreux sur scène, Oxmo Puccino offre à Cully un concert d'une durée avoisinant les 120 minutes, rappels compris.

Pour y voir plus clair à propos de Gaël Faye ou Oxmo Puccino: venez découvrir la jeune frappe du rap français, le vendredi 26 juillet (même qu'il reste des billets) et acclamer Oxmo Puccino, le Black Desperado, le samedi 27 juillet sur la plaine de l'Asse.

Cotelette

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