Tous les parkings sont ouverts et praticables

Blog Mardi 21.05.13, 11:20 par cheval

Le Swiss Psych Fest, almanach indépendant de la musique suisse

banner spf

La musique souterraine et suisse est née dans les années 1980. Certes, d'autres groupes helvètes et underground auront déblayé la neige devant le garage avant cette décennie mais c'est à cette époque que les structures musicales suisses et indépendantes sont nées suite aux mouvements de révolte engagés à Zürich et ayant rayonné sur toute la surface de notre terre humble et timide. Les clubs pointent comme des champignons psychédéliques sur les souches des arbres; l'Usine à Genève, la Dolce Vita – qui deviendra Le Romandie – à Lausanne, la Rote Fabrik à Zürich.

C'est à partir de ce moment qu'une véritable scène suisse est née; menée par les hérauts Grauzone, Yello, The Young Gods ou Kleenex, la scène est luxuriante et fougueuse. Naissent des émissions de télévision catapultant cette scène en technicolor, les radios nationales encouragent cette musique nouvelle et certains artistes atteignent des sommets européens de vente de disques. Mais voilà, comme les dinosaures, les Beatles ou la cigarette dans les hôpitaux, ça avait l'air super mais on n'était pas (tous) là pour le vivre. Seuls quelques quarantenaires ou plus, désormais politiciens, homme d'affaires ou pros du spectacle, peuvent encore témoigner émus de cette époque et de la ferveur que cette scène a créée, comme un ancien chasseur d'éléphants narre avec agitation ses anciennes gloires d'un temps révolu.

C'était pas mieux avant

Parfois, en traînant sur le site des archives de la RTS, on tombe sur d'anciens reportages de Tel Quel – une émission s'appliquant à exposer l'éclosion des nouveaux mouvements chez les jeunes; Benett ou New Wave, les différents looks des années 1980, etc. Et nous de nous demander: quels sont les mouvements musicaux actuels en Suisse? Quelle est la particularité musicale, comportementale et vestimentaire de notre époque? Je resterai silencieux quant à la mode et à l'éthologie pour me concentrer sur la musique. Il existe, dans les trois régions linguistiques principales de notre pays, une niche importante d'artistes souterrains; beaucoup font des concerts dans leur région linguistique, peu parviennent à escalader le colossal mur de rösti. C'est en partant de ce constat que la Swiss Reverb Federation est née, nourrie de l'âme romanesque de quelques musiciens de la région, aidés par l'agence de booking Coldkings.

Premier produit de l'association: un festival, le Swiss Psych Fest, organisé sur deux jours à L'Amalgame d'Yverdon le week-end dernier. A l'affiche, une sélection des meilleurs artistes psychés et indés du moment en Suisse (Fai Baba, Meril Wubslin, Hubeskyla, Hex, Widdershins, Welington Irish Black Warriors parmi d'autres). L'un des programmateurs de l'évènement, Mathieu Cacheux, également batteur des Widdershins s'exprime sur le sujet : "En allant faire des concerts en Suisse allemande, on a remarqué qu'il y avait plein de groupes géniaux que personne ne connaissait en Suisse romande. Et lorsqu'on leur parlait des groupes de chez nous, ils ne les connaissaient pas non plus. On a voulu alors créer un projet qui unirait premièrement les scènes romandes et alémaniques pour aller s'intéresser ensuite au Tessin. On souhaite créer une identité de la musique suisse. On glorifie souvent la scène new-yorkaise, celle de Baltimore ou la scène anglaise, mais la Suisse possède également un talent prodigieux. On veut créer des liens entre tous ces groupes et leur permettre d'aller jouer de l'autre côté de la frontière linguistique."

Temps Présent

La démarche est noble, le travail est encore grand. Les organisateurs, heureux de la tournure des évènements lors du festival, ne souhaitent pas se contenir au seul Swiss Psych Fest; l'objectif est de créer plusieurs événements par année. Des soirées labélisées "psych" – entendez par là "rock indépendant pouvant aussi bien obliquer vers le kraut rock, la folk ou le stoner" et pas forcément "psychédélique" – seront organisées en Suisse romande et allemande dans les différents clubs qui voudront bien les accueillir, avec en tête l'idée persistante de faire jouer les Welches et les Bourbines main dans la main. Leur travail ressemble à une entreprise encyclopédique guidée par une conception de la musique singulière – un sentiment personnel mais existant dans l'âme de chacune des personnes présentes à ce festival cavalier, comme un amour partagé de la violence, du bruit et de la reverb en musique.

Le propos de l'association, c'est que la musique suisse innovante de notre époque, ce n'est pas Bastian Baker ou 77 Bombay Street mais celle qui se joue dans les petits clubs de la région. Certains de ces groupes de l'ombre survivront à leur mort, dans les lecteurs MP3 des jeunes nés dans les années 2000, nostalgiques de cette époque qu'ils n'auront pas connu, d'autres seront oubliés mais restera la trace de leur passage entre les mains de la Swiss Reverb Federation. Et ce sera à nous de raconter, émus, l'époque où fleurissaient des dizaines et des dizaines de groupes suisses supers qui vivaient et construisaient le son de la Suisse de ces années.
 

Laurent Cheval | @l_cheval

Abonnez-vous à notre newsletter