Paléo 2017: le combat du parcourant


Par Gavroche

42. La réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste. Et si la question à cette réponse était: quelle sera la meilleure édition de Paléo? Trêve de geekeries, il ne nous faudra pas sept millions et demi d’années pour vous annoncer que la 42e mouture de Paléo s’annonce riche en découvertes stellaires. On est fichtrement fiers de vous proposer encore cette année une course à la trouvaille sonore contre la montre: 6 jours d’intense exploration musicale aux confins de la plaine de l’Asse, telle est votre mission. Par ici l’itinéraire, avides festivaliers galactiques!

Mardi 18 juillet

Vous avez un costume d'astronaute?

4. 3. 2.1. Ignition. On ne traîne pas au démarrage pour ce premier jour, car notre parcours commence à 16h30 au Club Tent: les Genevois de The Staches ont l’honneur de lancer la machine (le nom de leur premier album, ndlr) avec leur garage rock un poil californien mais bien de chez nous. Entre lignes de synthé pop lo-fi et voix féminines punk, les quatre potes "à la vie à la mort" font simple et cool, remuant et entêtant. Une bonne dose d’insouciance et de plaisir pour se mettre en jambes. 

Vous avez une heure pour vous hydrater et enfiler votre costume d’astronaute, le prochain concert sur la liste ne pourra que vous faire décoller. A 18h45 la collision entre jazz et rock opérée par TaxiWars (photo ci-dessus) prendra d’assaut le Détour. Fruit d’une véritable rencontre entre Tom Barman, leader du groupe dEUS, et le saxophoniste Robin Verheyen, ce projet désintègre les frontières de genres pour créer l’urgence: les thèmes du saxo s’agrippent à votre cerveau, les mots sont comme crachés par Barman de sa voix grave, tandis que batterie et basse sont comme déchaînées. C’est le gros coup de coeur de la rédaction. 

On vous laisse déguster votre premier dîner de la semaine pour vous retrouver au Club Tent à 22h15. Si Petit Biscuit vous semble trop gentil, on a une solution électro radicale: Carpenter Brut. Ayant pour directeur général Satan (d’après son profil Facebook), le Français propose des sets de synthwave absolument décadents, avec guitariste et batteur. Morceaux rock joués avec des instruments électroniques, construits comme des scénarios de films gore, le son est sombre et indus, nourri au metal dont Franck Hueso, de son vrai nom, est friand.

On se retrouve en terre électro à 1h, au Club Tent, après l’"interlude" Red Hot. Rejoignez-nous pour Isolated Linesaka Gwenaël Magnenat, et son projet "Schism". Bien connu des scènes romandes, ce spécialiste du son penche clairement du côté obscur et propose une techno pointue à la fois trippante et agressive, répétitive et pour autant imprévisible. Une bonne sortie spatiale avant de rentrer à la base.

Pour ton post-it:

The Staches - 16h30 - Club Tent.

TaxiWars - 18h45 - Détour

Carpenter Brut - 22h15 - Club Tent

Isolated Lines - 1h - Club Tent

Mercredi 19 juillet

Entre terres de feu et contrées glacées

Pour ce mercredi, on vous propose d’alterner entre terres de feu et contrées glacées. La première destination chaleur se situe au Dôme: atterrissage prévu à 17h du Garifuna Collective, venu tout droit du Belize. Représentants d’une culture unique et singulière née en Amérique centrale, les nombreux membres du collectif partageront avec vous un show sincère entre origines et modernité, portés par des guitares acoustiques et électriques, des mélodies vocales africaines et la polyrythmie des percussions traditionnelles.

Le chaud-froid est servi à 19h30 au Club Tent par Hyperculte (photo ci-dessus). Ce duo minimaliste, formé à Genève par Simone Aubert à la batterie et Vincent Bertholet à la contrebasse, joue d’effets pour créer un objet sonore surpuissant. Voguant sur des boucles obsédantes et technoïdes inspirées du post-punk et du kraut, Simone, à la voix typée Ringer, répond à son comparse sur des textes brûlants d’insurrection. Une performance hypnotique, comme une glace avalée trop vite qui vous brûle le cerveau.

On reste au frais, cette fois-ci sépulcral, en compagnie de Fishbach. Jetez-vous au Détour dès 20h45 pour prendre la mesure de la sensation "chanson française" du moment. Et Flora Fischback, c’est plus que ça: créatrice de mystères à la voix grave et aux synthés eighties, elle propose des morceaux de variété entre textes dark romantiques et mélodies électro-pop. Le tout composé sur GarageBand dans sa chambre ardennaise. Comme si, muni d'un iPad, Rimbaud avait un peu trop regardé les premiers Tim Burton. Mortel.

On chasse le frisson à 22h15 au Club Tent. L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp revient à Paléo en version XXL, histoire de fêter ses dix ans en mode fusion nucléaire. Les quinze instrumentistes (dont Vincent Bertholet, le même que celui d’Hyperculte, deux shows en une soirée ça lui fait pas peur), serviteurs de l’Aléatoire et incarnations de l’Exubérance, se courent après dans une frénésie joyeuse et répétitive, festive et inclassable. L’incandescence de la transe, une bonne préparation pour le concert d’Arcade Fire, non?

Pour ton post-it:

The Garifuna Collective - 17h - Dôme

Hyperculte - 19h30 - Club Tent

Fishbach - 20h45 - Détour

Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp XXL - 22h15 - Club Tent 

Jeudi 20 juillet

Ecartèlement maison

Si vous n’avez pas chopé le rhume de l’année avec les brusques changements de température proposés hier, rendez-vous jeudi sur le terrain pour un écartèlement maison, qui emportera vos membres aux quatre coins des genres musicaux (oui, un voyage spatial ça se prépare, sinon ça peut faire mal). 

On envoie d’abord votre petit coeur rebondir au Club Tent à 20h sur les beautés dream pop de Lola Marsh. Lana Del Rey made in Tel Aviv, Yael vous envoûtera de sa voix fragile, qu’on dirait cassée mais tendre et profonde. Tout ceci avec Gil, multi-instrumentiste talentueux. Entre la créativité de The Dø et la simplicité d’Angus and Julia Stone, les deux amis proposent des chansons-microcosmes aux paroles romantiques, oniriques et au gros potentiel tubesque. 

A 21h30, il va falloir lever les bras: le Détour accueille le phénomène hip-hop québécois Alaclair Ensemble (photo ci-dessus). "Entreprise familiale composée d'une bunch de humble French Canadians", le collectif de rap au flow franglais démentiel envoie du lourd (un glossaire est proposé sur leur site designé sous Paint). Le nom de leur musique: le post-rigodon. La définition: "Musique pourrie compostée ben raide". Hands up dans les airs dude!

Il est temps de faire bouger vos cheveux: les petits jeunes de Pogo Car Crash Control font péter le son au Club Tent à 22h45. Entre grunge et punk, les riffs rapides et saturés ponctuent des paroles enragées hurlées en français du genre "Ta gueule et crève!". C’est si bon d’avoir vingt ans.

Les convulsions se sont calmées? Ahah, vous rêvez les amis, ce sont maintenant vos jambes qui vont prendre cher. A minuit, les guitares de Kinshasa déménagent au Détour, le temps du concert de Jupiter & Okwess. Créateur du rock bofenia (un mix d’afropop, de rythmes traditionnels du Congo, de funk et de rock), le "General rebelle" Jupiter est un iconoclaste qui tourne en dérision sa société d’appartenance, sur un groove moderne et électrique. La fête pour vos gambettes!

Pour ton post-it:

Lola Marsh - 20h - Club Tent

Alaclair Ensemble - 21h30 - Détour

Pogo Car Crash Control - 22h45 - Club Tent

Jupiter & Okwess - 00h - Détour

Vendredi 21 juillet

Mode hyperespace

Fourbus vous êtes, trois jours à tenir il reste. Vendredi, on enclenche le mode hyperespace, car c’est un voyage spatio-temporel qui vous attend. 

A 16h30, tout de suite après le goûter (enfin, le hot fondue quoi), c’est moonwalk dans les nébuleuses funky non répertoriées de Parcels au Club Tent. Du moins, c’est comme ça que les cinq surfeurs australiens installés à Berlin ont nommé leur dernier set, entre disco, electro et polyphonies vocales. Leur pop groovy bien influencée seventies (tout comme leur style capillaire) fait danser tout le monde; même Daft Punk, avec qui ils ont collaboré il y a peu.

Après la retromania addictive, retour aux sources les plus lointaines de l’humanité avec Ìfé, à 17h30 au Dôme. Vous avez sans doute entendu parler yoruba, la langue africaine qu’emploient les deux soeurs cubaines du groupe Ibeyi. Ìfé, c’est la ville centrale de la mythologie yoruba, et c’est aussi le nom qu’a choisi Otura Mun, Afro-Américain émigré à Porto Rico, pour son projet musical. Si ses morceaux s’inspirent des chants sacrés et des musiques caribéennes, ils sont composés à l’ère digitale: déclamés au vocoder et sur fond d’harmonies dancehall. Un OVNI on vous dit.

On vous laisse vous acclimater aux failles temporelles pendant quelques heures avant de vous retrouver au Détour à minuit. Fai Baba (photo ci-dessus) y distordra le blues direction le futur, de sa voix d'or et sa guitare céleste. Americana, folk, pop psychédélique, envolées sauvages et aucun compromis. La formation, qui compte également en ses rangs l'intersidéral batteur Domi Chansorn, comblera les attentes les plus perchées à l'heure où "everybody's high on acid and girls get naked" .

Convaincus par le trip? Prolongez-le à 1h15 au Club Tent, grâce à la cumbia punk de Los Orioles. Comme les sept couleurs de l’arc-en-ciel, ces Biennois amateurs de squats cradingues vous transportent "over the rainbow" et plus précisément au Pérou. Enrobant la chicha traditionnelle - fusion de cumbia et de surf rock 60's - de vociférations garage et psyché, ces énergumènes prendront le contrôle de vos derrières. Même contre votre gré!

Pour ton post-it:

Parcels - 16h30 -  Club Tent

Ìfé - 17h30 - Dôme

Fai Baba - 00h - Détour

Los Orioles - 1h15 - Club Tent

Samedi 22 juillet

La Voie lactée s’offre à vous!

L’espace, comme la bière, ça retourne un peu l’estomac, vous en conviendrez. Restez accrochés, la Terre n’est pas encore en vue. Profitez du spectacle, la Voie lactée s’offre à vous. 

Vous le voyez là-bas, au Dôme à 19h45? Le système solaire Orkesta Mendoza (photo ci-dessus) va vous mettre en orbite direction le désert d’Arizona. Oubliez tout de suite Lou Bega: le big band mené par le multi-instrumentiste Sergio Mendoza - également membre de l'excellent groupe Calexico - donne au mambo un twist electro rock et psyché façon BO de Las Vegas Parano.

Si vous préférez les astres solitaires, vous trouverez Régis dans la constellation du Club Tent à 20h. Jeunesse punk consumée, le trentenaire genevois se fait poète romantique et délivre ses vers mélancoliques d’une voix sombre et profonde, sur une musique minimaliste, entre chanson et cold wave. Une belle étoile errante en quête d’absolu, à l’aura de Daniel Darc, Bashung ou Gainsbourg.

A 22h30 éruption solaire prévue au Club Tent! Clément Bazin, producteur parisien, propose ses mix de beats électroniques et de percussions, dont le fameux steeldrum, tambour d’acier originaire de Trinité-et-Tobago; un instrument qu’il a longtemps enseigné et dont il a joué notamment pour Woodkid. Son électro-tropicale euphorisante déborde d’énergie, pleine d’été et de lumière.

A minuit, orage géant sur la planète Détour. Les cinq Britons excités de Shame écrivent le testament du rock anglais à coup de guitares acérées. On y décèle du post-punk mais aussi de la brit-pop, en particulier dans leur morceau faussement romantique adressé à Theresa May. Caustiques et facétieux, les gars de Brixton sont aussi discrets sur internet que tapageurs sur scène. Bring it on!

On finira ce samedi dans un trou noir: Bauchamp, le Lausannois déglingo et "producteur sans limites", branche ses synthés, PC et boîtes à rythme sur le système du Club Tent à 1h15. C’est parti pour un live de house perchée entre R’n’B, électro, hip-hop et techno. Time to get bumpy!

Pour ton post-it:

Orkesta Mendoza - 19h45 - Dôme

Régis - 20h - Club Tent

Cément Bazin - 22h30 - Club Tent

Shame - 00h - Détour

Bauchamp - 1h15 - Club Tent

Dimanche 23 juillet

Le plus dur, c'est l'atterrissage.

Aïe, aïe, aïe, on les sent, les courbatures infligées par les turbulences du samedi soir. Aller, dernier petit tour de chauffe avant le retour sur Mother Earth, qui vient d’apparaître dans le hublot!

On va foncer à toute allure en orbite à 250km d’altitude à bord de la navette KT Gorique. Accélération du phrasé et des battements de coeur à 19h30 au Club Tent: la championne du monde de freestyle valaisanne, petit format ultra charismatique, vient exposer sa vision du rap. "L’écriture avant le blase, le coeur avant les liasses, une âme qui dicte des phrases". 

A 20h45 au Détour, il sera temps de quitter l'orbite sur laquelle on se royaumait. Bachar Mal-Khalifé (photo ci-dessus), multi-instrumentiste libanais, a accepté cette mission et présentera "The Water Wheel", une création toute neuve en hommage au chanteur et oudiste Hamza El Din. L'univers rock-électro oriental du Libanais s'imbrique dans celui, plus traditionnel, du Nubien. Bachar a découvert El Din à l’adolescence, en même temps que Nirvana, et ça résume bien l’esprit de ce nouveau spectacle poétique, aux frontières des genres.

L’entrée dans l’atmosphère se précise et nécessite de déployer le bouclier thermique: une véritable obligation pour survivre aux températures diffusées par Delgrès, au Dôme à 21h45. Les Guadeloupéens, emmenés par Pascal Danaë, présentent le delta blues des Caraïbes, hommage aux défenseurs de la liberté contre le rétablissement de l’esclavage au XIXe siècle. Un son brut et chaud, enraciné et contemporain, où la guitare est centrale comme chez Tinariwen ou les Black Keys.

Vous êtes prêts? Le bang supersonique aura lieu au Détour à 00h15. Le MC KillASon, Poitevin d’origine et danseur breaker accompli, lâche les chevaux pour un concentré d’energy music. Ultra influencé par le hip-hop West Coast, le vingtenaire au look excentrique débite des lyrics super rapides qui nous font douter de sa nationalité, sur des beats percutants et faits maison. 

Bienvenue sur la Terre. On le sait, l’atterrissage est difficile. Comme dirait Thomas Pesquet: la gravité, ça craint. Mais pas question d’arrêter le gainage le matin. On vous veut en forme olympique pour le 43ème Paléo. Une, deux, une, deux !

Pour ton post-it:

KT Gorique - 19h30 - Club Tent

Bachar Mal-Khalifé présente "The Water Wheel" - 20h45 - Détour

Delgrès - 21h45 - Dôme

KillASon - 00h15 - Détour